LES PETITES GRAINES DE DANSE AU FIL D'AVRIL

En revenant dans la nuit battue de pluie, encore toute émue du dernier spectacle, virage après virage – et ils sont nombreux sur les petites routes ardéchoises – me reviennent à l’esprit tant d’actions menées au long des 25 ans du festival Danse au fil d’avril, tant de programmations qui font se croiser des danseurs, les épaulent, comme autant de petites graines d’où germeront d’autres projets, d’où sortiront d’autres chorégraphes…

 

Quel bonheur de découvrir, enfin habillé de lumières, le trio Space faune dont nous n’avions vu que quelques prémices et dont nous avons pu accompagner la création avec la complicité des municipalités de Lagorce et du Pouzin. Imprégnée des lectures de Gaston Bachelard, Virginie Quigneaux nous offre une chorégraphie sensible et sensuelle sur le vertige du tourbillon, palpitante des énergies du vivant, nourries de l’eau et du vent. Ses trois danseurs tournoient sur du terreau qui peu à peu les imprègne, comme nos expériences laissent des traces sur nos vies. – Virginie Quigneaux qui nous avait émus, avec Lise Pauton, dans le duo Barricades invisibles, aussi créé à l’occasion du festival il y a 2 ans, avec la même compagnie Instabili …

 

Un autre plaisir fut la tournée du duo 4 grains d’ellébore, une libre interprétation très réussie du Lièvre et la tortue dans un hip hop épuré, nourri de la fantaisie des films muets et des cartoons américains. Pour sa première création, Emilie Chabanas (venue déjà danser dans le festival avec d’autres compagnies) a choisi comme interprète John Lo qui vient d’intégrer la compagnie Kham de Olé Khamchanla…

 

Olé, issu d’une MJC de Valence, Olé que le festival a accompagné dès ses premiers tremplins hip hop et qui maintenant nous bouleverse par la sombre puissance d’émotion de sa dernière création, Akalika 7, impressionnée au sens propre par les gravures de Cam dont l’ombre projetée sur un immense calicot, envahit peu à peu la scène.

 

Abou Lagraa, que le festival avait programmé dès ses premières chorégraphies, avant qu’il ne soit reconnu, nous livre une superbe version sauvage du Cantique des cantiques qui perturbe, dérange, bouscule par la vigueur donnée au texte ancien et sa résonance dans le monde actuel.

 

Dans une inspiration bien différente, la fraîcheur de l’Enfance de Mamame, toujours menée par Jean-Claude Gallotta, si souvent revenu dans le festival, a ravi quelque 2000 enfants au théâtre de Privas.

 

Que de grands moments au cours de ce long festival : l’écoute et la joie de danser qui éclaire les frimousses des minots des écoles dans les Mom’danse, la concentration magique des amateurs de Infance, menés par Yvan Gascon, l’énergie joyeuse des groupes amateurs et des jeunes lauréats des tremplins hip hop…

L’énergie, oui oh combien l’énergie aussi des compagnies professionnelles qui nous offrent le meilleur sous les projecteurs, et qui à 1h du matin encore, avec quelques bénévoles, balaient les tapis de danse, démontent tout le matériel qu’il ont longuement monté le matin pour qu’ait lieu la magie !

 

Tout ce long et patient travail de répétitions, la recherche du geste juste, de l’état d’écoute qui fera naître ce qui, au tréfonds de soi, meut et émeut, et qui fera naître chez nous le tressaillement d’un frisson, le creusement d’une émotion… et sèmera quelque part des petites graines qui changeront des parcours de vie…

C’est tout cela qui se joue dans un festival ! Merci à tous ceux qui l’ont soutenu pendant ces 25 ans, et espérons que, malgré les fureurs du monde, il pourra encore longtemps semer des petites graines d’espoirs.

 

Mai 2016, Annie Sorrel